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Perspectives électorales – Examen des systèmes électoraux

Perspectives électorales – Juin 1999

Photo : Glenbow Museum, Calgary (NA-1514-3)
Photo : Glenbow Museum, Calgary (NA-1514-3)

L'honneur d'une suffragette

Mais qui était Nellie McClung?

Wayne Brown
Élections Canada

Le 18 octobre 2000, les « Famous Five » seront les premières Canadiennes à être honorées par un monument à leur effigie sur la colline du Parlement. Il s'agit des cinq Albertaines qui, il y a 70 ans, se sont opposées avec détermination aux législateurs canadiens et se sont rendues en Grande-Bretagne pour y convaincre le Conseil privé de reconnaître les femmes comme des personnes et, par conséquent, comme étant admissibles au Sénat. Ces « Famous Five » sont la juge Emily Murphy, Nellie McClung, Irene Parlby, Louise McKinney et Henrietta Muir Edwards.

Le monument, de bonne taille, sera voisin de la statue de la Reine Elizabeth, à l'est de l'édifice du Centre. Jusqu'à maintenant, seules les statues des Pères de la Confédération, des monarques du Canada et des premiers ministres décédés pouvaient se retrouver sur la colline du Parlement. Les sculptures de bronze seront un peu plus grandes que nature. La disposition des cinq personnages debout et assis laisse à penser qu'une grande importance sera accordée à Nellie McClung. L'œuvre montrera cette dernière debout et tenant un journal qui annonce l'importante victoire pour les femmes. Dans les faits, c'est bien Nellie McClung qui, au Canada, a dirigé le mouvement pour obtenir le droit pour les femmes de voter et de briguer les suffrages. Par la suite, elle a été acclamée comme la plus extraordinaire militante des droits des femmes.

Une simulation numérique montre où sera érigé le monument des
« Famous Five » sur la Colline du Parlement.
Une simulation numérique montre où sera érigé le monument des
« Famous Five » sur la Colline du Parlement.

Photo : Gracieuseté du Laboratoire de simulation numérique de
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada

L'an dernier, dans son numéro consacré au 1er juillet, le magazine Maclean's a publié une liste des 100 Canadiens et Canadiennes les plus importants de l'histoire. Nellie McClung, au septième rang, était la seule femme classée dans les dix premiers rangs, parmi les Samuel de Champlain, William Lyon Mackenzie King, ancien premier ministre, et K.C. Irving, l'industriel du Nouveau-Brunswick, entre autres gens remarquables.

Nellie McClung naît en 1873 près de Owen Sound, dans le comté de Grey dans une région rurale de l'Ontario, sous le nom de Mooney. Lorsqu'elle est encore une enfant, sa famille déménage dans l'Ouest, où elle exploitera une propriété rurale au sud-ouest de Brandon, au Manitoba. Nellie fait son entrée à l'école à l'âge de 10 ans et obtient un certificat d'enseignement à 15 ans.

Elle enseigne quelque temps dans des écoles rurales avant d'épouser Wesley McClung, fils d'une suffragette membre d'une ligue antialcoolique, J.W. McClung. Celle-ci encourage sa belle-fille à écrire Sowing Seeds in Danny, le premier de ses 16 romans. Publié en 1908, celui-ci se vendra à plus de 100 000 exemplaires.

En 1911, à Winnipeg, Nellie McClung devient une membre active de la Women's Christian Temperance Union et du Canadian Women's Press Club. En 1912, elle contribue à la fondation de la Manitoba Political Equality League. La ligue s'intéresse surtout au droit de vote des femmes, mais elle a d'autres objectifs, notamment la prohibition de la vente d'alcool et la réforme du droit du travail. Certaines femmes font valoir que, puisqu'elles doivent payer des taxes foncières pour les propriétés qui leur appartiennent, elles ont également le droit d'être représentées dans les législatures. En 1900, la plupart des femmes du pays qui sont propriétaires peuvent voter aux élections municipales, mais n'ont pas le droit de voter ni de briguer les suffrages aux élections provinciales et fédérales. Si au moins la moitié des provinces ont déjà présenté un projet de loi pour donner le droit de vote aux femmes, aucune ne l'a encore adopté. De nombreuses suffragettes voient également dans le droit de vote la possibilité d'obtenir l'adoption de lois interdisant la vente d'alcool.

La Manitoba Political Equality League réprouve les méthodes violentes de ses homologues britanniques. Ses membres préfèrent distribuer des dépliants et faire sillonner toute la province par des conférencières porteuses de pétitions. En 1914, la ligue commandite une pièce de théâtre satirique et subtile, The Parliament of Women, qui renverse les rôles et dans laquelle des femmes jouent les législatrices, font des discours ronflants et écoutent les revendications d'un groupe d'hommes qui cherchent à obtenir le droit de vote. Nellie McClung y joue le rôle du premier ministre conservateur Sir Rodmond Roblin, qui s'oppose à l'émancipation des femmes. (Plus récemment, à la télévision, dans l'une des capsules les plus efficaces de la série Minutes du patrimoine, l'on a pu voir Nellie (jouée par l'actrice Sharman Sturges) se moquer de la déclaration du premier ministre : « Les femmes de bien ne veulent pas voter. »)

Moins de deux ans plus tard, en 1916, les femmes du Manitoba sont les premières du Canada à obtenir le droit de voter et de se faire élire aux élections provinciales. Le gouvernement libéral de l'époque est en effet disposé à présenter un projet de loi à cet effet, qu'il adopte après avoir reçu une pétition portant plus de 40 000 signatures. Par la suite, une par une, la plupart des provinces éliminent les obstacles au droit de vote des femmes. En 1920, une loi fédérale reconnaît enfin le droit de voter aux élections fédérales aux femmes d'au moins 21 ans.

Entre-temps, Nellie McClung déménage à Edmonton et se fait élire à la législature de l'Alberta (à titre de députée libérale), mais seulement pour un mandat. Elle entreprend en effet un autre combat, pour une cause apparentée. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1867, qui énonce les pouvoirs et les responsabilités des gouvernements provinciaux et fédéral, utilise le mot « personnes » lorsqu'il s'agit de plus d'une personne et le pronom « il » lorsqu'il s'agit d'une seule personne. L'interprétation traditionnelle de ces mots est que seul un homme est une personne. Et, puisque cette loi énonce que seules les « personnes admissibles » peuvent être nommées au Sénat du Canada, seuls les hommes peuvent y être nommés. Malgré les pressions exercées par les groupes de femmes, plusieurs premiers ministres consécutifs refuseront de nommer une femme au Sénat.

Les « Famous Five » font appel devant la Cour suprême du Canada. Lorsque cette cour décide, le 24 avril 1928, que le mot « personnes » ne s'applique pas aux femmes, elles n'abandonnent pas. Elles convainquent le premier ministre Mackenzie King de porter l'affaire « personnes » devant le Conseil privé de Grande-Bretagne, la plus haute cour du Canada à l'époque. Le 18 octobre 1929, le Conseil privé britannique reconnaît que les femmes sont des « personnes » et qu'elles ont le droit de participer aux étapes finales de la promulgation des lois fédérales au Canada. Cette décision ouvre la voie du Sénat aux Canadiennes et, l'année suivante, Cairine Reay Wilson devient la première sénatrice du Canada.

Si l'affaire « personnes » est, à n'en pas douter, l'une des plus grandes victoires de Nellie McClung, celle-ci n'en continue pas moins d'accumuler les réussites. Elle devient la première femme nommée au conseil d'administration de la Commission canadienne de radio-diffusion (aujourd'hui Société Radio-Canada), la première femme à cumuler les fonctions de L'ancien de l'Église unie du Canada et, en 1938, la première et seule femme au sein de la délégation canadienne auprès de la Société des Nations. Sans compter que déjà, nombre de personnes la reconnaissent comme la plus douée des écrivains et romanciers de son époque.

Nellie McClung meurt en 1951, à l'âge de 78 ans, et est enterrée à Saanich, en Colombie-Britannique. De nombreuses écoles et bibliothèques et un parc de l'Ouest du Canada portent son nom. Une œuvre sculptée semblable à celle qui se retrouvera sur la colline du Parlement l'an prochain sera dévoilée à l'Olympic Plaza de Calgary le 18 octobre 1999, à l'occasion du 70e anniversaire du jour où les Canadiennes ont obtenu le droit de participer intégralement à la vie publique.

Depuis 1979, le Gouverneur général présente une récompense annuelle pour commémorer l'affaire « personnes ». À l'occasion de ces présentations, le Gouverneur général Roméo LeBlanc aime citer les maximes très connues de Nellie McClung, telles que : « Les femmes vont former une chaîne, une sororité d'une ampleur que le monde n'a jamais connue. », et « Ne reculez jamais, ne cherchez jamais à vous expliquer, ne vous excusez jamais. Faites ce que vous avez à faire et laissez les loups hurler. »


Note : Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles du directeur général des élections du Canada.