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Perspectives électorales – Les nouvelles approches du développement démocratique

Perspectives électorales – Novembre 1999

Le vote au Timor-Oriental : la contribution des Canadiens


Christine Jackson
Directrice adjointe des Opérations, Élections Canada

Une représentante japonaise de l'ONU donne de la formation à un Est-Timorais qui travaillera dans l'un des 200 bureaux de scrutin le jour du vote, le 30 août.
Une représentante japonaise de l'ONU donne de la formation à un Est-Timorais qui travaillera dans l'un des 200 bureaux de scrutin le jour du vote, le 30 août.

Le 3 septembre 1999, le secrétaire général des Nations Unies (ONU), Kofi Annan, a annoncé au Conseil de sécurité les résultats du référendum du 30 août, dans le cadre duquel des Est-Timorais de partout au monde ont été consultés. Parmi eux, 21,5 % (94 388) se sont prononcés en faveur d'une autonomie au sein de l'Indonésie alors que 78,5 % (344 580) s'y sont opposés, optant ainsi pour la séparation. Faisant preuve d'une détermination et d'un courage exceptionnels, un nombre impressionnant d'Est-Timorais se sont rendus aux urnes. Près de 98 % des électeurs admissibles ont exercé leur droit de vote, une participation sans précédent compte tenu de l'atmosphère d'intimidation qui régnait et de la menace de mort qui planait à tout le moins sur le personnel local de la Mission des Nations Unies au Timor-Oriental (MINUTO).

Dans sa déclaration, le secrétaire général a dit que les Nations Unies ne feraient pas défaut aux Est-Timorais. Il a également demandé la cessation de la violence qui avait éclaté au Timor-Oriental immédiatement après le vote. Le 12 septembre, il a indiqué que le gouvernement indonésien avait accepté l'aide des forces de maintien de la paix de l'ONU pour rétablir la paix et la sécurité au Timor-Oriental.

Le rôle des Canadiens

Pour 26 directeurs du scrutin, directeurs adjoints du scrutin et administrateurs d'élections du Canada, actifs et retirés, le vote s'est avéré le point culminant d'une expérience unique et inoubliable à l'autre bout de la planète. À la demande de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), travaillant sous l'égide de l'ONU, les 26 fonctionnaires électoraux ont été sélectionnés selon leur expertise et leurs capacités parmi une cinquantaine de personnes recommandées par Élections Canada. Ils se sont rendus en Indonésie au début du mois de juillet et sont revenus sains et saufs au Canada deux mois plus tard.

En tant qu'agents électoraux de district (AED), ils ont supervisé le personnel local qui administrait l'inscription et le vote dans les bureaux de scrutin à l'extérieur du Timor-Oriental, en Indonésie et ailleurs où habitent des Est-Timorais. Afin de seconder le personnel responsable de l'inscription et du vote dans la région même du Timor-Oriental, aux prises avec une charge de travail beaucoup plus lourde que prévue, la MINUTO a recruté des bénévoles parmi les AED; sept Canadiens ont été affectés à l'inscription, durant la deuxième moitié de la période, et cinq sont allés prendre les votes.

Les commentaires de certains de ces Canadiens accompagnent le présent article.

Contexte du vote au Timor-Oriental

Une affiche de l'ONU promet aux Est-Timorais que leur vote au référendum du 30 août sera secret.
Une affiche de l'ONU promet aux Est-Timorais que leur vote au référendum du 30 août sera secret.

Le 5 mai 1999, le Portugal, l'Indonésie et les Nations Unies ont conclu une série d'ententes historiques en vue de régler la situation au Timor-Oriental, une ancienne colonie portugaise qui, depuis son annexion à l'Indonésie en 1975, est aux prises avec un violent conflit interne. Les ententes habilitaient le secrétaire général de l'ONU à déterminer, au moyen d'une consultation populaire conforme au principe du vote universel, secret et direct, si les Est-Timorais accepteraient ou rejetteraient la proposition d'une autonomie spéciale pour le Timor-Oriental au sein de l'État unitaire de la République d'Indonésie.

Le 11 juin 1999, le Conseil de sécurité de l'ONU a créé la MINUTO, qui a organisé et tenu le référendum en moins de trois mois. Un total de 451 792 électeurs ont été inscrits au Timor-Oriental et ailleurs dans le monde, par le biais d'un processus que la Commission électorale avait jugé efficace pour la conduite du vote. Quelque 24 000 électeurs inscrits se trouvaient à l'extérieur du Timor-Oriental.

La section électorale de la MINUTO a administré le référendum par l'entremise de huit centres de scrutin régionaux, sous la direction d'un directeur général des élections (l'Américain Jeff Fischer), qui était responsable des aspects organisationnels de la consultation, notamment de toutes les activités liées à l'inscription et au vote. Ces activités étaient supervisées par une commission électorale, formée de trois experts internationaux reconnus.

Admissibilité et vote

Avaient qualité d'électeur les personnes âgées de 17 ans et plus qui respectaient l'une des trois conditions suivantes :

Pour être admissibles, les électeurs n'étaient pas obligés de résider au Timor-Oriental ni même en Indonésie. Afin de faciliter l'inscription et le vote à l'extérieur du Timor-Oriental, des centres de scrutin spéciaux ont été ouverts en Indonésie, soit à Jakarta, à Yogyakarta, à Surabaya, à Denpasar et à Ujung Pandang, à Lisbonne (Portugal), à Maputo (Mozambique) et à Macao. D'autres sites ont été établis en Australie, soit à Sydney, à Darwin, à Perth et à Melbourne. Un centre a aussi été ouvert au siège des Nations Unies, à New York.

Les bureaux de scrutin externes, créés conformément à l'entente du 5 mai, ont été administrés par la Commission électorale australienne en Australie et par l'Organisation internationale des migrations partout ailleurs. Le coordonnateur des opérations de l'OIM, la Division de l'assistance électorale de l'ONU ainsi que la section électorale de la MINUTO étaient conjointement responsables de l'inscription et du vote à l'extérieur du Timor-Oriental.

Le bulletin de vote

Dans les bureaux de vote, le 30 août, chaque électeur devait répondre à l'une des deux questions suivantes :

ACCEPTE

« Acceptez-vous l'autonomie spéciale proposée pour le Timor-Oriental au sein de l'État unitaire de la République d'Indonésie? »

OR

REJETTE

« Rejetez-vous l'autonomie spéciale proposée pour le Timor-Oriental afin que le Timor-Oriental se sépare de l'Indonésie? »

Le bulletin de vote, sur lequel figurait le logo des Nations Unies, comportait des symboles pour aider les personnes analphabètes à voter. Le drapeau de l'État de l'Indonésie accompagnait la première question, alors que celui du mouvement pour l'indépendance du Timor-Oriental accompagnait la deuxième.

Organisation de l'inscription et du vote

L'inscription des électeurs s'est déroulée sur une période de 24 jours, sous la supervision de deux volontaires de l'ONU (les AED) dans chacun des 200 centres de scrutin. Ces centres ont ensuite été divisés en 700 bureaux de vote.

L'ONU s'est efforcée d'empêcher toute intimidation durant la campagne. À cet effet, elle a mené une campagne d'information sur le processus de votation, établi un code de conduite et instauré divers mécanismes pour remédier aux tentatives d'intimidation. Les trois membres de la Commission électorale devaient examiner les contestations et les plaintes, y compris celles liées aux résultats du vote.

Campagne d'information

Le mandat de la MINUTO l'obligeait à fournir au groupe en faveur de la proposition et à celui qui y était opposé le même accès à la radio et le même soutien pour ses activités d'information, afin que toutes les opinions puissent être exprimées librement.

Afin de rehausser le niveau de compréhension des électeurs, l'ONU a mis à leur disposition l'entente principale ainsi que le document sur l'autonomie qui allait faire l'objet du vote, et ce, dans cinq langues différentes – le tetun, le bahasa, l'indonésien, le portugais et l'anglais – et a entrepris de faire connaître et d'expliquer ces textes de façon objective et impartiale tant au Timor-Oriental qu'ailleurs.

À l'aide des stations de radio et des journaux du Timor-Oriental ainsi que d'autres médias indonésiens et portugais, les Nations Unies se sont efforcées d'expliquer le processus de votation et les répercussions de l'acceptation ou du rejet de la proposition.

Surveillance

L'Indonésie et le Portugal étaient autorisés à envoyer le même nombre de représentants pour observer toutes les étapes de la consultation.

Puisque l'ONU était chargée d'organiser et de tenir la consultation populaire, par l'entremise de la MINUTO, elle n'a ni appuyé ni coordonné les activités des observateurs internationaux. Toutefois, ces derniers devaient obtenir une accréditation de l'ONU et respecter le code de conduite qu'elle avait établi.

Calendrier de la consultation

Le calendrier suivant avait été fixé :

Nota : Les renseignements ci-dessus ont été compilés à partir de l'information publiée sur le site Web des Nations Unies à la page de la MINUTO (http://www.un.org/french/peace/timor_oriental/) et des transcriptions des points de presse quotidiens convoqués par le représentant du secrétaire général de l'ONU au siège de New York (http://www.un.org/News/fr-press/7days.html).

Extraits des récits de directeurs du scrutin canadiens qui ont participé à la mission en Indonésie et au Timor-Oriental

Acronymes :

CEE – Communauté économique européenne
MINUTO – Mission des Nations Unies au Timor-Oriental
AED – agent électoral de district
OIM – Organisation internationale pour les migrations

Alice Killam

Alice Killam, directrice du scrutin de la circonscription de St. Albert (Alberta), a travaillé au centre de la MINUTO, à Jakarta, durant la période d'inscription. De plus, elle était parmi les cinq Canadiens qui se sont portés volontaires pour aller prendre les votes au Timor-Oriental. L'extrait qui suit est tiré d'un des rapports qu'elle nous a envoyés au cours de la période d'inscription.

« Nous étions très fatigués, mais nous servions humblement les électeurs malgré la complexité du processus et les strictes exigences d'admissibilité et d'identification, en tenant compte du fait que ces gens avaient voyagé jusqu'à quatre jours et quatre nuits pour nous rejoindre – il y avait des bébés en pleurs, des femmes très enceintes, malades et ébranlées par de longs voyages en mer, et un vieil homme très sage de 84 ans qui m'a fait chaud au cœur par son sourire et sa poignée de main. Je me remémore sans cesse ce moment en pensant à lui et aux souvenirs qu'il doit posséder. Quel honneur d'avoir pu être là... si ce n'est que pour une minute, une autre poignée de main... un autre sourire magique.

Je serai heureuse de revenir un jour, que ce soit à un pays nommé le Timor-Oriental ou à une province nommée Timor Timur faisant partie de l'Indonésie. Et je me promets bien d'y revenir. Salutations, Alice Killam. »

Henri O'Reilly

Henri O'Reilly, directeur du scrutin de Palliser (Saskatchewan), s'est porté volontaire pour travailler au Timor-Oriental durant le vote. À son retour au Canada, il a accordé une entrevue au Moose Jaw Herald et a décrit son expérience par téléphone à un employé d'Élections Canada. L'article qui suit s'inspire de ces deux entrevues.

Henri O'Reilly a tout d'abord été assigné avec trois autres bénévoles à Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java, où il était chargé de la phase d'inscription. L'expérience la plus marquante de cette période est sa rencontre avec un groupe de prisonniers politiques partis de la prison sous escorte pour aller s'inscrire. Impliqués dans le massacre de Santa Cruz en 1991, ces prisonniers avaient reçu des sentences variant de cinq ans à la prison à vie pour avoir riposté contre les troupes indonésiennes qui avaient ouvert le feu sur un cortège funèbre.

Le 20 août, M. O'Reilly a répondu à la demande de bénévoles de la MINUTO, qui n'avait pas suffisamment de personnel pour s'occuper de l'élection au Timor-Oriental. C'est ainsi qu'il s'est envolé, le samedi 28 août, avec des représentants de l'Irlande et de la Finlande sur un vol affrété par la CEE à destination de Dili, la capitale du Timor-Oriental. Le jour suivant, un hélicoptère l'a amené dans la ville de Suai, où la MINUTO avait aménagé un bureau régional (et où, une semaine plus tard, 40 résidants ont péri dans une église).

Cet après-midi-là, M. O'Reilly a quitté Suai accompagné d'une collègue australienne de la MINUTO, Catherine Williams, qui heureusement parlait la langue locale. Après une heure et demie de route en Land Rover dans les montagnes, ils ont atteint le village de Fato Lillac, près de la frontière du Timor-Occidental, où la population vit dans des huttes en chaume et où le taux d'analphabétisme atteint 80 %. Arrivés vers 14 h 30, ils ont passé le reste de l'après-midi à fabriquer des cadenas maison en fil de fer pour verrouiller le lieu où les urnes étaient entreposées et à former le personnel électoral en vue du lendemain. Ils se sont ensuite retirés pour la nuit – en compagnie des urnes.

Le jour du scrutin, le 30 août, Henri et sa collègue se sont levés à 4 h 30 pour trouver les habitants de la communauté en file, attendant l'ouverture du bureau de scrutin à 6 h. À 11 h 45, tous les électeurs qui devaient voter s'étaient déjà présentés – 776 des 786 électeurs admissibles, pour une participation de 98,7 %!

Pour surmonter les difficultés liées à l'analphabétisme, la MINUTO a imprimé un symbole à côté des deux questions référendaires sur le bulletin de vote et a mené un programme d'information des électeurs durant les semaines précédant le vote.

À Fato Lillac, ainsi que dans les autres lieux de scrutin, les électeurs analphabètes pouvaient marquer leur bulletin en perçant un trou, à l'aide d'un clou, dans le symbole de leur choix. Afin d'être rentrés à Suai avant la noirceur (vers 18 h), Henri et Catherine ont chargé les urnes dans leur Land Rover et ont quitté le village vers 16 h 30, escortés par des policiers indonésiens. Le lendemain matin, un hélicoptère a transporté les urnes jusqu'à Dili et est revenu chercher Henri et les autres travailleurs de la MINUTO dans l'après-midi. Une fois à Dili, ils se sont rendu compte de la violence émergente après avoir entendu des coups de feu dans les rues et avoir parlé à des journalistes internationaux à l'hôtel. Ils ont pris l'avion pour Jakarta le lendemain.

Bien qu'Henri n'ait jamais été personnellement menacé, et qu'il ne se soit pas senti lui-même visé, le personnel électoral local engagé par les agents internationaux a eu très peur et a vécu sous une menace constante. « Des gens nous avaient dit qu'ils s'attendaient à ce que la violence éclate le lendemain du scrutin : ils avaient raison », a dit Henri au Moose Jaw Herald. Il a ajouté que quatorze membres du personnel électoral local avaient été avertis que « les comptes seraient rendus après le scrutin ». Lorsqu'on lui a demandé s'il serait prêt à renouveler l'expérience, Henri a répondu : « Oui, ce fut une très belle expérience ».

Bill Twaddle

Bill Twaddle, directeur du scrutin de Bruce–Grey (Ontario), a été posté dans l'enclave est-timoraise du Timor-Occidental. À son retour, il a fait parvenir à Élections Canada les réflexions suivantes sur son expérience.

« Ce qui m'a frappé le plus lors de ma visite en Indonésie, c'est la dignité et le courage des Est-Timorais, ainsi que le contraste entre leur processus électoral et le nôtre.

Nous sommes tous au courant de la violence, de l'intimidation, des incendies, du tabassage et des meurtres qui sévissent au Timor-Oriental depuis maintes années. Nous sommes également conscients que les actes de violence se sont multipliés durant les mois qui ont précédé la consultation populaire. Et, bien entendu, nous avons tous eu connaissance des répercussions tragiques du vote écrasant en faveur de l'indépendance.

Ce qui m'impressionne le plus, c'est la détermination des Est-Timorais à se prononcer sur leur avenir, tout en sachant que cela suscitera sans doute davantage de violence et d'agitation. Je ne prétends pas avoir une boule de cristal : je ne peux pas dire qu'il était évident, dans les jours qui ont précédé le vote, que la violence allait éclater aussi brutalement. Cependant, de nombreux signes laissaient présager que les résultats ne seraient pas acceptés sans mot dire.

Les Est-Timorais savaient à quelles conséquences ils s'exposaient. Je n'ai pas été témoin d'actes d'intimidation, mais d'autres AED canadiens m'ont parlé des menaces qui ont été proférées contre le personnel électoral local engagé par la MINUTO – des personnes que l'on menaçait de tuer, après le départ de l'ONU, simplement pour avoir travaillé pour la MINUTO. Il semblerait que certaines de ces menaces aient été mises à exécution.

Durant mes neuf jours au Timor, j'ai été affecté dans l'enclave est-timoraise du Timor-Occidental à Oecussi, Amboine. L'atmosphère y était calme, sans la tension et l'intimidation présentes ailleurs. Toutefois, les électeurs d'Amboine démontraient la même fierté empreinte de courage qu'ailleurs au pays; ils sont venus en très grand nombre, tout d'abord pour s'inscrire, puis une deuxième fois pour voter.

Il m'arrive de penser aux plaintes que j'ai reçues à la dernière élection fédérale canadienne de gens ayant dû se rendre quelques rues plus loin pour aller à leur bureau de scrutin. Puis, je pense aux centaines d'électeurs du Timor-Oriental qui ont voyagé pendant des heures sur des routes pratiquement inexistantes, debout, entassés par cinquantaine à l'arrière de camions ouverts, pour faire la file, pendant deux jours parfois, afin de s'inscrire à l'élection.

Je pense aussi à la façon dont, au Canada, on tient tellement le vote pour acquis qu'un taux de participation de 70 % est considéré comme étant élevé et qu'il peut être aussi bas que 40 % (voire moins) à certaines élections municipales. Puis, je me rappelle que près de 440 000 Est-Timorais se sont inscrits à l'élection (la MINUTO avait prévu 395 000 inscriptions) et que 98,6 % d'entre eux sont allés voter. Ils ont voté, tout en sachant que certains de leurs concitoyens avaient perdu la vie pour avoir exprimé leur opinion et qu'il pourrait leur arriver la même chose.

Je songe à la façon dont, au Canada, on est tellement convaincu de l'intégrité du vote qu'il est parfois difficile de trouver des témoins pour le dépouillement des bulletins à la fermeture des bureaux. Puis, je songe à combien la situation diffère en Indonésie, où l'on s'attend pratiquement à une certaine corruption. Nos mouvements ont été scrutés à la loupe par des observateurs accrédités qui prenaient leur travail très au sérieux et qui ont exercé leur droit de suivre chaque étape du processus, n'hésitant pas à demeurer avec les urnes de la fermeture des bureaux de scrutin jusqu'au dépouillement des bulletins. Leurs gestes n'étaient pas motivés par un manque de confiance envers les Canadiens, mais par un désir réel de s'assurer que l'élection était conduite de façon juste et impartiale.

Je me souviens de deux ou trois occasions, à la dernière élection fédérale canadienne, où les circonstances m'ont obligé à dire à un électeur qu'il ne pouvait pas voter parce que le scrutin spécial était terminé et qu'il ne pouvait pas se rendre à son propre bureau de scrutin. Puis, je me rappelle la centaine d'Est-Timorais qui ont quitté leur manufacture de contreplaqués, dans la forêt tropicale de Bornéo, et ont voyagé pendant deux jours par bateau à moteur et par navire pour se faire dire que l'inscription était terminée et que, malgré leur appel auprès de la MINUTO, ils ne pourraient pas s'inscrire. Nous avons tous été impressionnés par leurs protestations fermes mais empreintes de calme et de dignité, et par la maturité dont ils ont fait preuve en acceptant la décision.

Le fait de participer à cette élection a été pour moi une expérience intéressante et enrichissante, que j'aimerais bien répéter l'un de ces jours. Deux mois en Indonésie, neuf jours au Timor, une expérience unique – et une leçon incomparable sur le bon fonctionnement du système électoral du Canada et sur l'importance de ce que nous tenons pour acquis. »


Note : 

Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles du directeur général des élections du Canada.