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Perspectives électorales – Les nouvelles approches du développement démocratique

Perspectives électorales – Novembre 1999

Agnes Macphail : la première femme élue à la Chambre des communes du Canada


Wayne Brown
Rédacteur,
Perspectives électorales, Élections Canada

« Ne comptez jamais entièrement sur un autre être humain, même s'il vous est cher. C'est en solitaire qu'il faut faire face aux plus grandes épreuves de la vie. » – Agnes Macphail


Dévoilement du buste commémoratif d'Agnes Macphail dans l'édifice du Parlement, en mars 1955.
Dévoilement du buste commémoratif d'Agnes Macphail dans l'édifice du Parlement, en mars 1955. De gauche à droite : Margaret Aiken, député; Charlotte Whitton, mairesse d'Ottawa; Cairine Wilson, première femme nommée au Sénat du Canada et Ellen Fairclough, première femme ministre au Canada. Le buste commémoratif est situé dans l'antichambre de la Chambre des communes

À l'élection générale fédérale de 1921, 53 ans après la Confédération, Agnes Macphail entre dans l'histoire en devenant la première femme élue à la Chambre des communes du Canada. Pour la première fois, toutes les Canadiennes (âgées d'au moins 21 ans) pouvaient voter et se porter candidates. Malgré que le mouvement des suffragettes ait ouvert la porte à Mme Macphail, c'est grâce à sa propre détermination et aux électeurs de la circonscription rurale de Grey South East, en Ontario, qu'elle entre à la Chambre des communes. Elle sera élue au Parlement à quatre reprises et servira pendant plus de 18 ans. Plus tard, elle sera l'une des deux premières femmes élues à l'Assemblée législative de l'Ontario.

Mme Macphail ne provenait pas d'une famille riche ni de grande influence. Elle était la fille d'un agriculteur et d'une institutrice d'école de campagne. Elle n'a pas été candidate de l'un des principaux partis politiques traditionnels. Elle ne s'est jamais fait élire en adoptant la plateforme du leader populaire d'un parti national. Mme Macphail a d'abord cherché à représenter les intérêts des agriculteurs de sa région et à obtenir l'égalité pour les femmes. Plus tard, elle s'est également portée à la défense des droits des mineurs et des prisonniers et elle a joué un rôle dans les négociations politiques qui ont mené à l'adoption, en 1926, du régime de pensions de vieillesse au Canada.

Agnes Campbell Macphail, de descendance écossaise, est née le 24 mars 1890 dans une maison en bois rond de trois chambres à coucher, dans la municipalité de Proton, dans le canton Grey, au cœur même de l'Ontario rural protestant. Elle était l'aînée de trois filles. À l'âge de 14 ans, il semblait que ses études soient terminées bien qu'elle fut une élève brillante et qu'elle ait beaucoup voulu être enseignante. Ses parents estimaient qu'ils n'avaient pas les moyens de payer la scolarité et la pension pour qu'elle fréquente l'école secondaire d'Owen Sound, et ils avaient besoin d'elle sur la ferme familiale.

Dans son livre, intitulé Agnes Macphail and the Politics of Equality, Terry Crowley écrit que « l'adolescente broyait constamment du noir au sujet du sort cruel qu'elle subissait du fait d'être née femme... Même pendant sa jeunesse, Agnes n'acceptait pas que le cycle de vie des femmes soit gouverné par l'enfantement. N'était-il pas possible, songeait-elle, que les femmes vivent leur propre vie en tant que personne complète en plus d'avoir des enfants au lieu de jouer leur rôle maternel? »

Il lui a fallu deux ans, mais Agnes est finalement parvenue à convaincre sa famille de la laisser faire des études secondaires et elle a compensé pour les années perdues en terminant ses études deux fois plus rapidement que la normale. Elle est devenue capitaine de l'équipe de basket-ball des filles et elle a animé les débats de la Société littéraire. La biographie intitulée Ask No Quarter la décrit comme « une fille plutôt grande et mince à cette époque, avec des yeux colorés et brillants et, comme toujours, très séduisante pour les garçons ». Par contre, les filles de la ville se moquaient des robes de pays fades que portait Agnes et, pour la première fois, elle s'est sentie différente et seule.

Agnes a fréquenté l'école normale de Stratford, puis a enseigné dans plusieurs écoles rurales à classe unique. Elle a fait entrer en classe les livres d'une autre personne native de Grey County, Nellie McClung, afin que les élèves puissent se familiariser avec sa campagne en faveur des droits de la femme. (Pour de plus amples renseignements sur Mme McClung, voir l'édition de juin 1999 de Perspectives électorales.) Mme Macphail a notamment enseigné dans une école de Kinloss, en Ontario, et c'est là qu'elle a découvert la politique. Elle vivait chez les propriétaires d'un magasin où libéraux et conservateurs locaux venaient débattre des grandes questions de l'époque, soit le commerce et les droits tarifaires. L'enjeu de l'élection de 1911 était la question de la réciprocité avec les États-Unis. Les Canadiens étaient vivement divisés sur cette question. Quand les conservateurs de M. Borden ont remplacé les libéraux de M. Laurier, les agriculteurs ont eu l'impression que tous leurs espoirs d'obtenir des tarifs douaniers plus bas et des marchés plus ouverts pour leurs produits venaient de s'écrouler. Le résultat de cette élection a profondément marqué Mme Macphail, qui est devenue de plus en plus convaincue que les agriculteurs ne pouvaient plus se fier aux partis existants et qu'ils devaient agir d'eux-mêmes au plan politique.

Son intérêt marqué pour la politique agricole l'a amenée à devenir organisatrice pour le United Farmers of Ontario (UFO). Elle s'est faite la championne de la cause des agriculteurs dès ses premiers discours. « Il n'y a qu'une chose qui freinera le mouvement (des agriculteurs quittant leurs fermes) et elle se résume en un seul mot. Ce mot, c'est l'ARGENT. Les agriculteurs travaillent 12 heures par jour pour nourrir des gens qui n'en travaillent que huit, et il se trouve des personnes pour dire qu'il s'agit d'un partage équitable. Les agriculteurs occupent aujourd'hui la même situation économique que l'Indien qui devait, il y a des années de cela, vendre ses fourrures au poste de traite de la Baie d'Hudson. C'est le commerçant et non le producteur qui fixe les prix, tant à l'achat qu'à la vente. » On rapporte que ses parents étaient horrifiés de son nouveau rôle public, mais cela n'a pas empêché Agnes Macphail d'aller de l'avant.

C'est d'abord un journal local qui suggéré que Mme Macphail serait la meilleure représentante de la circonscription Grey South East lors de l'élection fédérale suivante. Par contre, le Durham Review rapportait également que « l'idée qu'une femme siège à la Chambre des communes est si nouvelle que la réaction première de ses supporters les plus ardents a été de rire ». Le 26 septembre 1921, un congrès d'agriculteurs et de travailleurs s'est tenu à l'hôtel de ville de Durham pour choisir le candidat du parti UFO pour la circonscription de Grey South East. Sur les deux douzaines de candidats, Agnes Macphail était la seule femme, et il n'y avait qu'une seule femme parmi tous les délégués de la circonscription aptes à voter. Mme Macphail, qui était bien meilleure oratrice que la plupart de ses concurrents, l'a emporté au septième tour de scrutin. Quand elle a appelé son père pour lui faire part de sa victoire, celui-ci s'est contenté de dire « Je suis désolé ». Le lendemain matin, plusieurs personnes sont revenues sur leur décision et l'exécutif de la circonscription a fini par demander à Mme Macphail de renoncer à sa candidature, afin que l'on puisse désigner un homme à sa place. Comme toujours, elle a tenu tête à ces gens et a refusé de se désister.

À l'élection générale fédérale de 1921, on comptait 235 circonscriptions au Canada. Il n'y avait que quatre femmes à briguer les suffrages et aucune ne représentait les grands partis libéral ou conservateur. Pour sa campagne, Mme Macphail disposait en tout et pour tout d'environ 600 $ provenant surtout de dons d'un dollar. Elle n'a fait aucun plaidoyer particulier pour obtenir le vote des femmes. Ses discours à l'emporte-pièce, qui attiraient de larges foules, décrivaient surtout la situation difficile des agriculteurs et des autres travailleurs. Entre-temps, du haut de leur chaire, certains prêcheurs protestants locaux s'en prenaient à l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, à laquelle appartenait Mme Macphail. À l'époque, il était entendu que la plupart des femmes de la circonscription ne voteraient pas pour Mme Macphail. Par contre, les hommes ont dû le faire en grand nombre parce qu'elle a remporté la plus forte majorité des voix dans l'histoire de la circonscription (près de 2 600 votes de majorité). Les trois autres candidates dans d'autres circonscriptions ont été défaites.

Au moment de son élection au Parlement, Mme Macphail avait 31 ans et elle était plus jeune que la plupart des députés. Elle ne s'était jamais rendue à Ottawa auparavant, et après avoir vu les immeubles du Parlement, elle a dit « c'était tout ce que j'imaginais et même davantage. Mon dévouement envers le Canada était si grand, et j'étais si tendue à l'époque, que les larmes me sont montées aux yeux. » Le 8 mars 1922, à l'ouverture de la première session du 14e Parlement du Canada, Mme Macphail a pris place à la Chambre des communes parmi 234 députés, tous des hommes. Afin de reconnaître le précédent que représentait Mme Macphail, le président de la Chambre s'est adressé ainsi à l'Assemblée, « Madame, collègues députés de la Chambre des communes... ».

L'élection de 1921 a également marqué l'histoire d'une autre façon. Pour la première fois, les libéraux et les conservateurs n'étaient plus les seuls à détenir tous les sièges en Chambre. On comptait alors 64 progressites, presque tous des agriculteurs de l'Ontario et de l'Ouest. Mme Macphail prenait place parmi eux à la Chambre des communes. Les progressites se considéraient non comme un parti politique mais plutôt comme un groupe d'indépendants participant à une révolution contre les deux vieux partis, qui, soutenaient-ils, étaient dominés par les intérêts du milieu des affaires et des riches. Ces nouveaux venus à Ottawa favorisaient un gouvernement de groupe où le législateur pouvait adopter des lois grâce à la coopération de tous sans avoir à s'en tenir à des lignes de conduite partisanes. Bien qu'ils aient élu le deuxième bloc de députés en importance à la Chambre, les progressistes ont refusé le rôle d'Opposition officielle.

Mme Macphail était assise dans la première rangée, mais vers le fond de la salle, du côté de l'Opposition. Le premier jour de sa présence aux Communes, son bureau était orné de roses rouges. De fait, il s'agissait d'une farce puisque quelqu'un qui avait parié qu'elle ne pourrait l'emporter dans sa circonscription s'acquittait simplement de sa dette. Durant les premiers mois, les journaux lui ont accordé une attention excessive, la ridiculisant souvent pour la façon dont elle s'habillait et pour son apparence générale. Elle n'a pas du tout apprécié le fait que les ministres du Cabinet s'adressent à elle comme étant la première « femme » député. Elle voulait qu'on dise le « député de Grey South East », comme on faisait pour les hommes. Toujours sous le regard des curieux, elle a cherché des façons de s'évader. Par exemple, plutôt que d'aller à la salle à manger du Parlement, elle a commencé à prendre ses repas ailleurs.

Selon la biographie Ask No Quarter, Mme Macphail a admis qu'elle était profondément malheureuse d'être sujette aux « indications subtiles et omniprésentes à l'effet que les hommes croyaient qu'elle devrait rester chez elle, à la maison. Elle y a réagi de façon bien caractéristique. Elle ressentait cette attitude avec beaucoup de ressentiment et elle s'est défendue. Son langage s'est acéré et elle s'est comportée avec plus de rudesse que de grâce ». Dans son livre intitulé Agnes Macphail: Reformer, Doris Pennington cite ainsi Agnes « Après ma première élection, tout ce que je disais était mauvais; tout ce que je portais était incorrect, tout ce que je faisais était insensé; ce ne sont pas des bouquets que l'on me lançait parce que j'étais la seule à la Chambre, ce sont plutôt des briques qui m'étaient destinées ».

Plus tard, Mme Macphail s'est familiarisée avec la procédure du Parlement et les autres députés se sont habitués à elle. Elle a établi des liens d'amitié profonds et durables, y compris avec certains députés d'autres allégeances politiques.

Pendant les 14 premières années de sa présence au Parlement, Mme Macphail a été la seule voix féminine. On a souvent dit que le premier ministre Mackenzie King lui avait offert un poste au Cabinet si elle-même ou les progressistes acceptaient de se joindre au Parti libéral. Mais elle a préféré son indépendance pour éviter d'avoir à suivre la position officielle du parti au pouvoir.

Qu'a-t-elle fait en près de deux décennies sur les bancs de l'opposition? Mme Macphail a constamment défié l'hypothèse dominante de l'époque voulant que les femmes soient confinées au rôle de femme et de mère. Elle a milité en faveur de l'égalité des sexes et elle croyait que la meilleure façon d'y parvenir était d'adopter des réformes sociales et économiques. Elle s'est battue pour l'adoption de l'approche « à travail égal, salaire égal », et elle s'est opposée aux lois sur le salaire minimum pour les femmes. En règle générale, elle s'opposait à tout ce qui, selon elle, représentait un traitement spécial pour les femmes.

Lors de sa première grande intervention aux Communes, Mme Macphail s'est opposée à un amendement à la Loi des élections fédérales qui visait à accorder le droit de vote aux étrangères mariées à des citoyens canadiens. Selon elle, cela équivalait à traiter les femmes comme une extension de leur mari. « Je crois qu'aujourd'hui les femmes veulent l'égalité absolue avec les hommes », a déclaré Mme Macphail aux Communes.

Les années de dépression ont été marquées de plusieurs tentatives pour ramener les femmes à la maison, afin qu'elles laissent leur travail et leur salaire aux hommes. Certains voyaient là un remède au chômage. Mme Macphail s'est vivement opposée à cela en déclarant que « la place d'une femme dans le monde du travail moderne ne peut être considérée uniquement en termes économiques, mais aussi du point de vue de son équilibre mental, un besoin vital et fondamental de toute personne ».

Mme Macphail est devenue populaire grâce à ses talents oratoires. Elle a commencé à parcourir les universités et elle s'est rendue à Montréal pour assister à la bataille pour le suffrage provincial au Québec. En outre, elle visitait souvent les villes américaines pour y faire des exposés sur les femmes en politique, la réforme de la monnaie et les relations entre le Canada et les États-Unis. Elle a ainsi encouragé d'autres femmes à suivre son exemple dans la vie publique.

À l'élection de 1925, les conservateurs ont remporté plus de sièges que les libéraux, mais aucun des deux partis n'en avait suffisamment pour former un gouvernement majoritaire. Mackenzie King a alors cherché à obtenir l'appui des progressistes (qui ne comptaient plus que 24 sièges). Les progressites souhaitaient ardemment l'adoption d'une législation créant un régime de pension de vieillesse. M. King a accepté, et Mme Macphail a pu ainsi participer régulièrement aux travaux d'un comité du gouvernement chargé d'élaborer la Loi sur la pension de vieillesse, la première grande loi d'aide sociale au Canada. En vertu de cette loi, les Canadiens de plus de 70 ans qui étaient dans le besoin recevraient 20 $ par mois.

Mme Macphail a beaucoup travaillé au fil des ans pour aider à établir de nombreuses coopératives agricoles. Elle a investi de l'argent dans plusieurs de ces coopératives et fait partie de leur conseil d'administration. Elle estimait que les coopératives étaient un moyen pratique pour les Canadiens vivant en milieu rural d'arracher le pouvoir économique aux intérêts des grandes entreprises dans les villes. Au début des années 30, au moment où la crise de 1929 s'aggravait, Mme Macphail a aidé à fonder la Fédération du Commonwealth coopératif (CCF), une coalition de groupes d'agriculteurs et de travailleurs devenue plus tard le Nouveau Parti Démocratique. Elle considérait ce mouvement comme un nouveau départ pour tous ces gens, mais elle a toujours considéré que les points de vue idéologiques des militants et des éléments de gauche de la coalition étaient irréalistes. Plus tard, au moment de la création de la Fédération canadienne de l'agriculture, elle soutenait que plus d'un million d'agriculteurs avaient besoin d'une telle organisation pour s'assurer de l'adoption de lois favorables.

On pourrait penser que la représentante des agriculteurs du comté de Grey, en Ontario, s'intéresserait fort peu aux mineurs des mines de charbon du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Tel n'est pas le cas. Mme Macphail avait entendu parler des coupures salariales qui étaient à l'origine des grèves et d'actes de violence entre mineurs et policiers, auxquels étaient parfois mêlés des femmes et des enfants. Elle s'est rendue personnellement à Glace Bay pour faire enquête et a constaté avec horreur les conditions de pauvreté et d'insalubrité dans lesquelles les mineurs et les familles vivaient. Mme Macphail est revenue à la Chambre des communes pour demander avec vigueur au gouvernement de prendre des mesures et s'élever contre ce qu'elle percevait comme un « traitement de faveur du gouvernement à l'endroit de l'industrie et une attitude de négligence à l'endroit de l'humanité ».

Au cours de son second mandat au Parlement, Mme Macphail s'est élevée constamment contre les conditions de vie des détenus dans les pénitenciers. Il était courant pour les prisonniers d'être attachés, battus et mis en isolement cellulaire. Habituellement, les résultats d'enquêtes externes qui favorisaient des réformes étaient mis de côté. Il y avait fort peu de sympathie publique pour ces préoccupations et certains députés l'ont vilipendée pour ses appels à l'action. Mais Mme Macphail a continué de soutenir que le système carcéral était un échec parce qu'il n'offrait aucune possibilité aux détenus de se réformer et de mener une existence productive après leur libération.

Lorsqu'elle s'est rendue au pénitencier de Kinsgton pour constater d'elle-même les conditions de détention, on lui a dit à la barrière qu'aucune femme n'était admise à l'intérieur des murs. « Je ne suis pas une femme, je suis député », a protesté Mme Macphail, qui est ainsi devenue la première femme à visiter la tristement célèbre installation. Finalement, la Chambre des communes a adopté sa motion en vue de créer un programme de travail qui ferait en sorte que les prisonniers seraient occupés à des fins utiles et compenseraient ainsi les coûts de leur emprisonnement. Mme Macphail a également aidé à former la Société Elizabeth Fry chargée de réhabiliter les prisonnières.

En 1936, après plus d'une douzaine d'émeutes à l'intérieur des murs de plusieurs pénitenciers, la persistance de Mme Macphail a finalement donné des résultats avec la création d'une Commission royale sur les pénitenciers. Cette commission a recommandé une réorganisation complète qui, même aujourd'hui, continue d'avoir des retombées pour les détenus.

Mme Macphail a été un ardent défenseur de la Société des nations et du désarmement international. En 1929, elle était de la délégation canadienne à la 10e Assemblée de la Société à Genève. Aussi, elle a été la première femme à participer aux travaux du Comité du désarmement. En tant qu'activiste de la paix, elle a vécu les moments les plus difficiles de sa carrière quand elle a décidé de voter en faveur de la déclaration de guerre du Canada, en septembre 1939. Elle se disait qu'il aurait été pire de ne pas s'opposer à Hitler.

Mme Macphail a conservé son siège au Parlement jusqu'à l'élection de mars 1940. Cette fois-là, il semble que tout se soit ligué contre elle. Le Canada étant en guerre, on avait demandé aux Canadiens de s'unir et d'appuyer le gouvernement de Mackenzie King. Pendant la campagne électorale, libéraux et conservateurs se sont servis de plusieurs déclarations de Mme Macphail contre la guerre pour miner sa crédibilité. De plus, elle faisait face à un adversaire libéral de taille. En outre, elle avait pris ses distances par rapport à certains membres de l'exécutif de sa circonscription. Le jour du scrutin, qui survenait après plusieurs grosses chutes de neige, les routes de campagne étaient bloquées par des bancs de neige considérables. Le vote agricole a connu une diminution marquée et les libéraux ont remporté une majorité écrasante. Dans sa circonscription de Grey–Bruce, Agnes a fini en troisième place.

Bien qu'il y ait eu plusieurs raisons à sa défaite, Mme Macphail semble avoir considéré qu'il s'agissait d'un rejet personnel de la part des électeurs. Sans revenu, elle ressentait l'insécurité financière, une crainte qui semble l'avoir habitée jusqu'à la fin de ses jours. Candidate du United Reform Party lors d'une élection partielle à Saskatoon, elle a été défaite. Puis, elle a espéré obtenir un emploi au sein de la fonction publique fédérale ou de l'une des coopératives agricoles qu'elle avait déjà aidé à mettre sur pied, mais rien ne lui a été offert. Finalement, au bout d'un an, elle a commencé à rédiger une chronique agricole pour le Globe and Mail, ce qui lui a permis de demeurer dans le domaine public. Plus tard, elle a été candidate du parti CCF dans la circonscription provinciale de York-Est. En 1943, elle et une autre femme ont été les premières élues à l'Assemblée législative de l'Ontario. Mme Macphail a connu la défaite en 1945 avant d'être réélue en 1948 avec le plus grand nombre de voix de tous les candidats provinciaux dans l'histoire de l'Ontario. En 1951, elle a livré sa dernière campagne politique, subissant la défaite de même que la plupart des candidats du CCF à l'élection provinciale. Sur une période de trois décennies, Mme Macphail a remporté sept élections et en a perdu quatre.

Mme Macphail ne s'est jamais mariée. Au cours de sa jeunesse, elle a été fiancée mais la relation n'a pas duré. Plus tard, un collègue député au Parlement, M. Preston Elliott, l'a courtisée mais elle a refusé sa demande en mariage. M. Robert Gardiner est un autre parlementaire qui, dit-on, aurait été amoureux de Mme MacPhail. Celui-ci est devenu plus tard président de United Farmers of Alberta. Elle a sérieusement envisagé de l'épouser mais y a renoncé.

Elle chérissait son indépendance et sa vie politique et ne voulait rien qui puisse entrer en conflit avec ces éléments. Les journaux écrivaient souvent qu'elle était toujours célibataire et la décrivaient comme une maîtresse d'école rigoureuse et sans cœur. Elle détestait cette image et pour prouver qu'elle était fausse, elle a donné certaines de ses lettres d'amour aux Archives nationales.

Le comté de Grey, en Ontario, a donné au Canada les deux pionnières féministes qui ont connu le plus de succès.
Le comté de Grey, en Ontario, a donné au Canada les deux pionnières féministes qui ont connu le plus de succès. Nellie McClung, qui allait devenir chef de file dans la campagne pour les droits des femmes à son époque, est née près d'Owen Sound, en 1873. Dix-sept ans plus tard, dans le canton de Proton, situé tout près, naissait Agnes Macphail. Mme Macphail lisait les livres de Mme McClung à ses élèves. Toutes deux ont été élues pour la première fois en 1921 : Nellie à l'Assemblée législative de l'Alberta et Agnes à la Chambre des communes. Les deux sont devenues de bonnes amies et se voyaient fréquemment à Ottawa.

Après avoir perdu son siège à l'Assemblée législative de l'Ontario, une campagne s'est amorcée pour convaincre le premier ministre Louis St-Laurent de la nommer au Sénat, bien qu'elle ait méprisé cet organisme de gens non élus et qu'elle ait dit qu'il faudrait l'abolir. Des amis estimaient qu'elle méritait la sécurité personnelle d'un siège au Sénat. Les organisations de femmes, les journaux et une majorité de Canadiens (selon un sondage de 1952) appuyaient l'idée. Le Premier ministre a d'abord hésité, puis a finalement décidé d'annoncer sa nomination au printemps de 1954. Si tel est le cas, c'était trop tard parce que Mme Macphail, victime d'un arrêt cardiaque le 11 février 1954, s'est éteinte deux jours plus tard à l'hôpital Wellesley, à Toronto, à l'âge de 63 ans. Elle repose aux côtés de ses parents dans un cimetière de Priceville, en Ontario, dans le comté de Grey.

Dans son ouvrage intitulé Agnes Macphail: Reformer, Doris Pennington décrit ainsi Mme Macphail et ses nombreuses contributions. « Elle s'est présentée avec l'idéalisme de la jeunesse, de solides opinions et un désir farouche d'indépendance, déterminée à répéter au Parlement qu'il fallait un partage équitable pour les agriculteurs et les femmes en particulier. Seule, elle a fait face aux moqueries des députés et elle a appris à donner un peu mieux que ce qu'elle obtenait. Elle a défendu la paix à une époque où la guerre était glorifiée. Elle a combattu pour les réformes – économique, sociale, pénitentiaire et parlementaire. Elle s'est méritée la récompense de la plupart des réformateurs : les injures. Néanmoins, après son décès, on a largement reconnu qu'il y avait eu fort peu de bonnes lois sociales au cours des trente dernières années auxquelles elle n'ait pas été associée. »

Les réalisations d'Agnes Macphail ont inspiré plusieurs femmes canadiennes à suivre son exemple. Bien qu'elles soient toujours minoritaires dans le domaine politique et au Parlement, il y avait plus de 400 candidates lors de chacune des deux plus récentes élections générales. En 1993, 53 femmes ont été élues. À l'élection de 1996, les femmes ont remporté 62 des 301 sièges au Parlement.

Note du rédacteur

Le nom de famille d'Agnes s'écrivait MacPhail. Vers 1925, après son élection au Parlement, elle a toutefois commencé à l'écrire avec un « p » minuscule, parce qu'elle estimait qu'il était plus facile de l'épeler ainsi. Sur la pierre tombale de la famille, à Priceville, il est écrit sans le « a ».

Remerciements

Canada's First Woman MP (version abrégée de The Lady from Grey County), Office national du film, 1986. [Vidéo. Code titre : 106B 0177149.]

Guide parlementaire canadien, Ottawa.

CROWLEY, Terry. Agnes Macphail and the Politics of Equality, Toronto, James Lorimer & Company, 1990.

CROWLEY, Terry. « Agnes Macphail and Canadian Working Women », Labour/Le Travail 28, 1991, p. 129-148.

PENNINGTON, Doris. Agnes Macphail: Reformer, Canada's First Female M.P., Toronto, Simon & Pierre, 1989.

RUSSELL, William. « Agnes Campbell Macphail (1890–1954) », Divers documents de recherche, Direction des parcs et lieux historiques nationaux, Parcs Canada, ministère des Affaires indiennes et du Nord, 1977.

STEWART, Margaret et Doris FRENCH. Ask No Quarter, The Story of Agnes Macphail, Toronto, Longmans, Green and Company, 1959.


Note : 

Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles du directeur général des élections du Canada.