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La participation électorale des Autochtones du Canada

« Le vote de chaque personne dans chaque communauté peut
faire une différence. Il vous appartient de faire en sorte que
votre voix comptenote 1. »

Phil Fontaine
Chef national
Assemblée des Premières Nations

Introduction

Dans les semaines précédant l'élection fédérale d'octobre 2008, l'Assemblée des Premières Nations (APN) a entrepris une campagne pour faire face au problème de la faible participation électorale au sein des Premières nations. Dans le sillage d'initiatives lancées en 2006, l'APN s'est engagée à faire augmenter la participation de ses membres aux élections fédérales et provinciales. Ses efforts ont commencé à porter fruit. La participation à l'élection fédérale de 2006 des Autochtones dans les réserves a augmenté de 8 % par rapport à l'élection précédente, « en partie en raison du succès de la campagne de sensibilisation et d'éducation mise conjointement sur pied par l'Assemblée des Premières Nations et Élections Canada en 2005-2006 » sous la direction de Phil Fontainenote 2.

Ces initiatives marquent un changement important d'orientation pour l'APN. Les Chefs nationaux précédents, dont George Erasmus et Ovide Mercredi, avaient davantage mis l'accent sur les négociations de nation à nation en vue d'établir des modalités d'autonomie accrue pour les communautés des Premières Nations dans le contexte de traités. Comme l'a souligné Alan Cairns : « L'APN accorde la priorité à l'autonomie gouvernementale plutôt qu'à la participation électorale. [...] L'enthousiasme politique et l'adrénaline universitaire sont plus facilement stimulés par les effluves capiteux du nationalisme autochtone et du droit inhérent à l'autonomie gouvernementale que par ceux plus terre-à-terre des élections pour une population autochtone minoritaire [...] » (2003, 7). Cairns maintenait d'ailleurs que les enjeux de la participation électorale des Autochtones et ceux de l'autonomie gouvernementale en tant que droit inhérent de toutes les nations indigènes souveraines étaient peut-être contradictoires (2003, 6). À tout le moins, il existe une tension entre la fonction d'intégration de la participation électorale, et la séparation entre les communautés autochtones et le reste du Canada qu'impliquent les initiatives d'autonomie gouvernementale. Au bout du compte, Cairns ne croit pas que les deux sont inconciliables, ne serait-ce que pour le motif raisonnable suivant : « Même les ententes d'autonomie gouvernementale les plus généreuses laisseront des secteurs de politique extrêmement importants hors de leur portée [...] » (2003, 7) et les Autochtones pourront donc influer davantage sur ces secteurs en participant de plus en plus aux électionsnote 3.

L'importance de la participation électorale des Autochtones étant de plus en plus reconnue, les chercheurs ont commencé à approfondir le sujet au cours de la dernière décennie. Les études empiriques réalisées jusqu'ici ont toutefois certaines limites : elles ont tendance à s'appuyer soit sur des données administratives (pour mesurer les taux de participation autochtone), soit sur des méthodes qualitatives fondées sur de petits échantillons (pour évaluer les facteurs qui influent sur la participation des Autochtones). La présente étude utilise une méthode différente, basée sur une grande enquête nationale réalisée en 2003 avec un large éventail de questions sur la participation électorale et un échantillon de 25 000 personnes, dont plus de 700 répondants autochtones. L'analyse que nous présentons ci-dessous comble des lacunes importantes dans notre compréhension de la participation électorale autochtone et permet d'évaluer certaines des hypothèses dominantes dans la documentation existante.


note 1 http://www.afn.ca/election08/EAHB-fr.pdf.

note 2 http://www.afn.ca/election08/EAHB-fr.pdf. Voir aussi ÉCHO de l'APN, vol. 2, no 5, 2005. « En décembre 2004, les Chefs ont adopté la résolution n° 89/2004 et ont appelé l'Assemblée des Premières Nations à entamer avec qui de droit un dialogue concernant l'élaboration d'une campagne de sensibilisation et d'éducation des membres des Premières Nations sur l'importance de voter » (page 6), http://www.afn.ca/cmslib/general/ÉchoVol2No5.pdf.

note 3 Dans la documentation, il est généralement reconnu que plus la participation électorale d'un groupe est importante, plus il aura d'influence sur les décisions du gouvernement (Lijphart 1997). Voir également Silver et al. 2005, qui résume certaines études clés.