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La participation électorale des Autochtones du Canada

Conclusion

Les données de l'Enquête sociale générale de 2003 permettent de mieux comprendre pourquoi il existe une aussi grande différence entre le niveau de participation électorale des personnes d'ascendance autochtone et celui de la population canadienne générale. Les quelques études existantes ont avancé des explications, pour la plupart fondées sur des hypothèses. Parmi ces hypothèses, la plus notable est celle selon laquelle une identité nationaliste autochtone émergente, qui considère les institutions et les pratiques politiques canadiennes comme étrangères, expliquerait le déclin des taux de participation. Cette hypothèse, en grande partie non vérifiée jusqu'à maintenant, peut être évaluée dans les limites des données de l'ESG. Les conclusions auxquelles nous sommes parvenus – grâce à des analyses bidimensionnelles et à variables multiples – affaiblissent l'hypothèse nationaliste. Le facteur nationaliste est pertinent, mais ne ressort pas comme un élément de première importance. Les facteurs sociodémographiques comme l'âge, le revenu et la scolarité sont ceux qui influent le plus sur la participation électorale. Des facteurs pratiques et circonstanciels, comme la mobilité et l'état de santé, ont également une grande influence sur les taux de participation.

Les recherches à venir pourraient s'appuyer avec profit sur les constatations et les méthodes d'analyse que nous avons présentées. Nous avons mis l'accent sur les variables que nous croyons les plus pertinentes, mais les données de l'ESG 17 contiennent un large éventail d'autres variables liées à l'engagement social et civique qui pourraient éclairer davantage les facteurs de la participation électorale autochtone. Les chercheurs pourraient également consulter d'autres enquêtes de Statistique Canada, dont l'Enquête nationale sur le don, le bénévolat et la participation, qui a été réalisée en plusieurs phases, puisque ces enquêtes contiennent des questions sur la participation électorale et comprennent sûrement, en raison de la grande taille de leurs échantillons, un nombre important de répondants autochtones. L'utilisation d'autres données permettrait également l'examen de la participation des Autochtones à d'autres élections que l'élection fédérale de 2000 (une limite de notre étude).

Même si le sujet n'est évidemment pas épuisé, nos résultats concernant les causes de l'écart de participation électorale chez les personnes d'ascendance autochtone suggèrent certains changements politiques importants. Un certain nombre des facteurs qui influent le plus sur le vote des Autochtones sont les mêmes que pour les non-Autochtones. Par conséquent, les initiatives d'organisations comme l'APN, Élections Canada, les partis politiques, les organismes civiques, etc. qui ciblent les communautés autochtones devraient intégrer les initiatives destinées à la population générale. Il s'agit d'une conclusion surprenante et importante qui ressort de nos données. Des programmes à long terme visant à réduire les différences dans les niveaux de scolarité et de revenu aideront à diminuer l'écart en matière de participation électorale. À court terme, il faudrait déployer des efforts pour réduire les obstacles circonstanciels au vote qui affectent les populations mobiles et les personnes qui ont de la difficulté à voter en raison de conditions familiales ou de problèmes de santé. Même s'il ne s'agit pas d'un facteur aussi important qu'on le croyait initialement, le sentiment d'aliénation à l'égard des institutions publiques peut être atténué si on fait en sorte que ces institutions tiennent compte davantage des personnes et des enjeux autochtones. Enfin, comme l'âge est le facteur le plus important, il est essentiel que les programmes visant à encourager le vote chez les jeunes ciblent particulièrement les communautés autochtones puisque la proportion de jeunes dans ces communautés est beaucoup plus importante que dans la population générale.