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Explication du taux de participation des Autochtones aux élections fédérales : coup d'œil sur l'Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba

Participation électorale chez les Autochtones

Le tableau 2 présente les taux de participation électorale déclarés de la population générale (selon l'enquête ESC de 2000) et ceux des Autochtones des Prairies (selon l'échantillon de collectivités autochtones de l'enquête ESC de 2004). Comme prévu, le taux de participation déclaré de la population générale est considérablement supérieur à celui des Autochtones. La population canadienne avait enregistré un taux de participation de 74 % lors de l'élection fédérale de 1997. Les répondants des Prairies avaient enregistré un taux semblable à la moyenne nationale. Par contre, le taux de participation déclaré par les répondants autochtones de l'enquête ESC de 2004, qui comportait une question sur la participation à la dernière élection fédérale (c'est-à-dire celle de 2004), était plus de 20 points de pourcentage inférieur à la moyenne nationale.

Tableau 2 : Participation déclarée aux élections fédérales
Taux de participation N
Moyenne nationale, 1997 (ESC)Ŧ 74 % 5 575
Moyenne des Prairies, 1997 (ESC) 74 % 1 273
Taux de participation des Autochtones (Prairies seulement) 51 % 601
Province
Alberta 39 % 187
Saskatchewan 54 % 211
Manitoba 54 % 203
Lieu de résidence
Dans une réserve 49 % 423
Hors réserve 51 % 172
Milieu urbain 44 % 95
Milieu rural 58 % 77
Indien des traités ou Indien inscrit 49 % 277
Numéro de bande
262 – Fort Alexander, Manitoba 56 % 54
269 – Peguis First Nation, Manitoba 56 % 18
276 – Cross Lake First Nation, Manitoba 64 % 85
353 – Lac La Ronge, Saskatchewan 53 % 75
355 – Peter Ballantyne Cree Nation, Saskatchewan 56 % 96
435 – Blood, Alberta 38 % 138
458 – Bigstone Cree Nation, Alberta 41 % 27
462 – Saddle Lake, Alberta 0 % 1
Langue parlée à la maison
Anglais 45 % 331
Pied-Noir 29 % 49
Cri 60 % 174
Ojibway 50 % 12
Autre 60 % 35

ŦDonnées fondées sur l'échantillon de la population générale de l'enquête ESC de 2000 (pondérées).

Données fondées sur le sous-échantillon d'Autochtones de l'enquête ESC de 2004.

Comme il fallait s'y attendre, le taux de participation déclaré est supérieur au taux de participation réel. Selon Élections Canada, le taux de participation officiel était de 61 % en 2004, soit seulement 6 points de pourcentage de moins qu'en 1997. La différence entre les taux de participation réel et déclaré est attribuable au manque de fiabilité des enquêtes et aux effets de désirabilité sociale qu'elles créent, sans oublier le fait que les personnes qui participent à des enquêtes sont les plus susceptibles de voter. Pourtant, nos données sur la participation déclarée sont plus élevées que celles sur la participation déclarée par le sous-échantillon d'Autochtones de l'enquête ESC. De plus, il convient de noter que la différence entre les données des Autochtones et des non-Autochtones indiquées ci-dessus correspond au taux de participation de 48 % des Autochtones habitant dans une réservenote 26. Autrement dit, conformément aux résultats des recherches antérieures, les résultats de notre étude indiquent que les collectivités autochtones affichent un taux de participation inférieur.

Un examen approfondi des distinctions du taux de participation entre les répondants autochtones permet de nuancer celles-ci. À titre d'exemple, des recherches précédentes ont permis de suggérer que le taux de participation des Autochtones variait grandement d'une province à l'autre. Même si notre échantillon d'Autochtones ne représentait que trois provinces, il nous a permis de constater des différences interprovinciales en matière de participation; en effet, le taux de participation déclaré enregistré en Saskatchewan et au Manitoba était de 54 %, tandis que seulement 39 % des répondants autochtones d'Alberta ont déclaré avoir voté lors de la dernière élection fédérale. Cela correspond aux résultats relatifs à la participation aux élections provinciales chez les Autochtones habitant dans une réserve que Bedford a obtenus, montrant que les répondants membres des Premières nations de l'Alberta sont moins susceptibles de voter que ceux du Manitoba ou de la Saskatchewannote 27.

Il est intéressant de noter que nous n'avons pas constaté de différences significatives entre les données sur les Autochtones habitant dans une réserve et celles sur les Autochtones habitant hors réserve; en effet, ils ont respectivement affiché un taux de participation déclaré de 49 % et de 51 % dans le cadre de l'enquête ESC. De façon similaire, les personnes visées par un traité et inscrites comme Indien ont affiché des taux de participation semblables à ceux des autres Autochtones (49 %). Par contre, nous avons constaté une différence considérable entre le taux de participation des Autochtones hors réserve habitant en milieu urbain et celui des Autochtones hors réserve habitant en milieu rural (p<0,10). Les Autochtones hors réserve qui habitent en milieu rural ont affiché un taux de participation beaucoup plus élevé (58 %) que celui des Autochtones hors réserve qui habitent en milieu urbain (44 %). Cette différence est probablement attribuable au fait que les Autochtones en milieu urbain tendent à être plus défavorisés que ceux en milieu rural, surtout dans les provinces des Prairiesnote 28.

L'échantillon de l'enquête ESC permet également d'analyser en détail la participation des Autochtones en fonction du numéro de bande et de la langue parlée à la maison. Il est évident que les collectivités autochtones ont une histoire différente en ce qui concerne leur politique interne et leurs relations avec le gouvernement canadien. Ces différences peuvent avoir un impact sur la propension des différentes collectivités autochtones à participer aux élections fédérales.

Pour ce qui est de la répartition par numéro de bande, il est évident que notre échantillon est moindre dans chaque catégorie et que les taux de participation doivent donc être considérés avec circonspection. Cela étant dit, les bandes des Blood et des Cris de Bigstone semblent afficher des taux de participation (38 % et 41 %, respectivement) beaucoup plus bas que ceux des autres bandes représentées dans l'échantillon. Les faibles taux de participation de ces deux bandes albertaines peuvent refléter le fait que les élections fédérales en Alberta ne sont pas concurrentielles depuis longtemps. Il est également possible que ces taux soient attribuables au fait que les enjeux autochtones aient revêtu une importance moindre dans les campagnes électorales en raison de la plus faible proportion d'Autochtones dans la population albertainenote 29.

Nous avons également remarqué des différences intéressantes quant à la langue parlée à la maison. Les trois langues les plus représentées dans l'échantillon sont l'anglais, le pied-noir et le cri. La documentation sur la politique autochtone nous incite à nous attendre à ce que les Autochtones qui parlent une langue ancestrale affichent un taux de participation inférieur à celui des Autochtones qui ont adopté (ou ont été forcés d'adopter) l'anglais comme langue quotidienne. Pourtant, les résultats de notre étude suggèrent une tendance plus complexe. Il se trouve que ceux qui parlent le cri à la maison sont beaucoup plus susceptibles de voter (60 %) que ceux qui parlent le pied-noir (29 %) et, étonnamment, l'anglais (45 %). Il s'agit d'une distinction intéressante qui nécessite une analyse approfondie.

En résumé, cet examen initial de la participation permet de comprendre les similitudes et les différences existant entre les collectivités autochtones et la population générale. Conformément aux recherches antérieures, nous avons constaté que les Autochtones affichaient un taux de participation inférieur, qu'ils habitent ou non dans une réserve. Nous avons toutefois remarqué des distinctions intéressantes entre les collectivités autochtones. Les Autochtones qui habitent en milieu rural sont plus susceptibles de voter que ceux qui habitent en milieu urbain. De plus, certaines bandes et les personnes qui parlent le cri à la maison semblent être plus susceptibles de voter que les autres Autochtones.