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Portrait de la conscience juridique des électeurs des Premières nations : comprendre l'exercice du droit de vote

L'électeur supercitoyen

Dans une autre optique, le droit de vote des Indiens peut signifier non pas le déni d'un statut égal pour les membres des Premières nations, mais plutôt la reconnaissance d'un statut spécialnote 36. Le concept de « citoyen-plus » ou de « supercitoyen » traduit l'idée que les Indiens peuvent bénéficier du droit de vote et d'autres droits de la citoyenneté canadienne en plus de leur identité distincte et de leur statut spécial de membres des Premières nations du Canada. L'exercice du droit de vote ne donne pas de substance particulière à ce statut spécial, mais renforce simplement l'idée que l'octroi du droit de vote ne menace pas l'identité d'un individu en tant qu'Indien. Cette notion est donc à l'opposé de celle de l'électeur émancipé.

Dans cette forme de conscience juridique, la participation électorale comporte un élément positif qui renforce le statut de l'électeur des Premières nations. Voter est un moyen valable pour les Premières nations, dans leur relation avec le gouvernement fédéral, de fonder leur revendication en tant que groupe national ayant un statut spécial au sein de l'État canadien. L'exercice du droit de vote oblige l'électeur à adopter une identité particulière, mais cette identité lui permet d'être à la fois membre d'une communauté des Premières nations et membre de la communauté canadienne dans son ensemble.

La logique de ce mode de conscience juridique est qu'il encourage la participation électorale plutôt que l'abstention. Alors que l'électeur indien émancipé peut avoir de bonnes raisons de ne pas voter, les membres des Premières nations dont le mode de conscience juridique est celui du supercitoyen ont un motif convaincant de participer aux élections fédérales.


Note 36 Pour des explications théoriques sur la manière dont statut égal et statut spécial peuvent coexister, voir Lesley A. Jacobs, Pursuing Equal Opportunities, et Will Kymlicka, Liberalism, Community, and Culture, Oxford, Oxford University Press, 1989.