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Participation électorale des Autochtones au Canada

3.  Analyse bidimensionnelle : les facteurs influant sur la participation électorale des Autochtones

Notre étude sur les différences entre les Autochtones qui votent et ceux qui ne votent pas commence dans cette section. Nous procédons d'abord à une analyse bidimensionnelle des différences, c'est-à-dire que nous examinons un à un les facteurs pouvant expliquer pourquoi certains Autochtones choisissent de voter et d'autres choisissent de ne pas le faire. Nous nous pencherons sur l'effet indépendant de ces facteurs dans la prochaine section.

3.1  Élection fédérale de 2004

Pour l'élection fédérale de 2004, les liens bidimensionnels entre certaines variables indépendantes et le taux moyen rapporté de participation électorale des Autochtones sont illustrés ci-dessous(voir le graphique 1). Selon le sondage, environ 60,4 % des répondants autochtones ont participé à cette électionnote 6. La répartition du taux de participation autodéclarée des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis était de 55,9 %, de 72,7 % et de 68,4 % respectivement.

Chaque ligne dans le graphique correspond à une variable, et les deux points de cette ligne représentent le taux moyen de participation des répondants selon les réponses qu'ils ont données. La différence entre les deux points correspond à l'écart dans le taux de participation attribuable à cette variable. Le graphique est organisé en fonction de la taille de l'écart : les variables pour lesquelles l'écart est le plus grand se situent dans la partie supérieure du graphique, alors que les variables pour lesquelles l'écart est le moins important se trouvent dans la partie inférieure du graphique.

La partie supérieure du graphique révèle que le plus grand écart observé sur le plan de la participation électorale est lié aux ressources politiques. Nous avons calculé l'écart en évaluant, lorsqu'il était possible de le faire, la mesure dans laquelle les personnes prêtent attention aux questions politiques, s'y intéressent et les suivent de prèsnote 7. Les résultats laissent entendre que les ressources politiques ont une forte influence sur la participation électorale : les personnes ayant le plus de ressources politiques ont affiché un taux de participation plus élevé (78 %) que les personnes en ayant moins (38 %)note 8. La prochaine variable en importance est liée à la croyance selon laquelle l'exercice du droit de vote est une obligation. Les personnes qui pensent que leur vote n'a pas d'importance sont moins susceptibles de voter. Ces variables, qui peuvent être considérées comme des mesures des croyances ou de l'engagement politiques, sont ensuite suivies de variables démographiques.

À l'instar de la documentation générale concernant le taux de participation, nous constatons que les personnes plus âgées et mieux nanties sont les plus susceptibles de voter. Les Autochtones en Colombie-Britannique sont aussi plus portés à voter. Cependant, ceux qui vivent dans une réserve, peu importe où celle-ci se trouve au pays, affichent un taux de participation moins élevé que ceux vivant en dehors des réserves. Nous constatons aussi que les personnes plus scolarisées sont plus susceptibles de voter. Les Autochtones vivant au Québec et dans le Canada atlantique affichent un taux de participation moins élevé, mais l'écart entre leur taux de participation et celui des Autochtones ailleurs au pays n'est pas assez grand pour être considéré significatif sur le plan statistique.

Les deux prochaines variables se rapportent aux croyances à l'égard du système politique. Chez les répondants qui estiment qu'il devrait y avoir un nombre de sièges garantis à des Autochtones au Parlement, le taux de participation est moins élevé. Dans la même veine, les répondants ayant indiqué qu'ils seraient plus enclins à voter s'il y avait plus de candidats autochtones affichaient un taux de participation moins élevé. Ces constatations laissent entendre qu'au moins certains électeurs autochtones ne votent pas parce qu'il n'y a pas assez de représentants ou de candidats autochtones. Nous observons aussi un plus faible taux de participation chez les répondants qui estiment que les partis n'abordent pas des enjeux importants.

De plus, notre analyse révèle que l'emplacement géographique est important : en 2004, les répondants vivant en milieu rural ont affiché un taux de participation moins élevé que les répondants vivant en milieu urbain. Le sentiment d'appartenance est aussi important : plus les gens ont un sentiment d'appartenance au Canada ou à une province, plus ils sont susceptibles d'avoir voté dans le cadre de l'élection fédérale. Comme le laissent aussi entendre les constatations précédentes, le sentiment d'appartenance à une communauté est un facteur qui peut motiver une personne à voter ou non. Nous remarquons par contre que le sentiment d'appartenance autochtone n'a pas d'effet statistiquement significatif sur la décision de voter. Les variables dans la partie inférieure du graphique montrent que le sexe, le fait de voir une publicité d'Élections Canada et la croyance selon laquelle les enjeux sont trop complexes ne sont pas des facteurs déterminants dans la décision de voter ou non.

Graphique 1 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2004

Graphique 1 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2004
La description du texte du graphique « Graphique 1 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2004 »

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3.2 Élection fédérale de 2006

On estime qu'environ 69,8 % des répondants autochtones ont participé à l'élection fédérale de 2006. La répartition du taux de participation autodéclarée des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis, était de 65,2 %, de 77,1 % et de 75 % respectivement.

Les facteurs influant sur la participation en 2006 (voir le graphique 2) sont très semblables à ceux observés en 2004. La croyance selon laquelle les partis sont influencés par l'argent a une grande incidence sur le taux de participationnote 9. Il y a un écart de 55 points de pourcentage entre ceux qui adhèrent à cette croyance et ceux qui n'y adhèrent pas. Quatre autres variables d'attitude figurent parmi les dix variables les plus importantes. Encore une fois, les ressources politiques et la croyance selon laquelle voter est un devoir ont un effet considérable, comme c'est aussi le cas pour la croyance selon laquelle plus d'Autochtones devraient voter pour faire entendre leurs points de vue et celle selon laquelle la faible participation affaiblit la démocratie. Nous constatons aussi que le taux de participation est beaucoup plus élevé chez les Autochtones membres d'un parti politique.

Graphique 2 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2006

Graphique 2 – Analyse  bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2006
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Les seules variables démographiques ayant un poids important sont celles liées à l'âge, au revenu et au niveau de scolarité. Elles exercent, elles aussi, une influence considérable. Le fait de ne pas avoir d'emploi ou d'avoir déménagé dans la dernière année a un effet négatif sur le taux de participation, alors que le fait d'être propriétaire a un effet positif sur ce taux. Les autres facteurs ayant aussi un effet considérable sur le taux de participation sont liés au fait de résider au Québec (effet négatif en 2006), d'avoir des enfants, d'être marié ou de vivre en union de fait et de vivre dans une réserve (effet négatif encore une fois).

Les autres facteurs importants qui favorisent la participation sont les suivants : le fait de ne pas être plus enclin à voter s'il y avait plus de candidats autochtones, la croyance selon laquelle les partis abordent des enjeux importants; la croyance selon laquelle il n'est pas nécessaire qu'il y ait un nombre minimum de candidats autochtones et le fait d'avoir entendu une publicité d'Élections Canada à la radio, d'avoir vu une publicité dans un journal ou d'avoir vu un slogan. En outre, le bénévolat dans la communauté est lié à un niveau de participation accru.

3.3  Élection fédérale de 2008

On estime qu'environ 54,2 % des répondants autochtones ont participé à l'élection fédérale de 2008. La répartition du taux de participation autodéclarée des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis était de 50,1 %, de 57,1 % et de 67,3 % respectivement.

Les résultats obtenus pour l'élection de 2008 (voir le graphique 3) sont très semblables à ceux obtenus dans le cadre des deux élections précédentes. L'écart le plus important observé est lié au facteur selon lequel une personne est plus disposée à voter si d'autres personnes dans le ménage ont voté, ce qui confirme une donnée empirique bien connue dans le domaine de la science politique (Nickerson, 2008). Encore une fois, nous constatons que le taux de participation est plus élevé chez les répondants possédant les ressources politiques nécessaires et chez ceux qui croient que voter est un devoir, que les partis abordent des enjeux importants et que le faible taux de participation affaiblit la démocratie.

Ces quatre variables d'attitude sont accompagnées de huit variables démographiques. Le fait de ne pas avoir d'emploi, de vivre dans une réserve et d'avoir déménagé dans la dernière année réduit le taux de participation. Les gens plus âgés et qui s'identifient comme Métis ont tendance à voter en plus grand nombre, ce qui est aussi vrai pour les gens qui possèdent un téléphone cellulaire et qui ont un revenu et un niveau de scolarité plus élevés.

Même si l'écart observé entre les répondants vivant au Québec et ceux vivant ailleurs est important, il n'est pas significatif sur le plan statistique. Les répondants vivant en milieu rural ont tendance à voter en moins grand nombre, alors que les répondants membres d'un parti politique sont plus susceptibles de voter. En outre, les gens indiquant avoir reçu un dépliant d'Élections Canada sont plus susceptibles d'avoir déclaré qu'ils avaient voté.

Graphique 3 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2008

Graphique 3 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2008
La description du texte du graphique « Graphique 3 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2008 »

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3.4  Élection fédérale de 2011

On estime qu'environ 65,9 % des répondants autochtones ont participé à la plus récente élection fédérale. La répartition du taux de participation autodéclarée des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis était de 62,3 %, de 66,7 % et de 73,2 % respectivement.

Les résultats obtenus pour l'élection de 2011 (voir le graphique 4) sont aussi semblables à ceux obtenus dans le cadre des élections précédentes. Encore une fois, le facteur lié aux ressources politiques exerce une influence importante. Le taux de participation est beaucoup plus élevé chez les personnes qui expriment un attachement à leur communauté, et l'effet de ce sentiment s'apparente quelque peu à celui observé chez les répondants vivant dans un ménage où une autre personne a voté. Nous constatons que les répondants plus âgés et plus scolarisés ainsi que ceux ayant un revenu plus élevé, faisant du bénévolat dans leur collectivité, ayant accès à Internet et ayant déclaré être Métis sont plus susceptibles de voter. À l'inverse, les répondants sans emploi sont moins portés à voter. Même si certains facteurs géographiques semblent avoir une importance (p. ex. le fait de vivre dans une réserve, au Québec ou dans le Nordnote 10), ils ne sont pas statistiquement significatifs.

En dernier lieu, nous signalons que le fait d'avoir vu l'une des publicités d'Élections Canada dans le cadre de cette élection semble s'être traduit par un taux de participation plus élevé. Les répondants qui se souviennent d'avoir vu l'une des deux publicités d'Élections Canada (publicité générale et celle ciblant les Autochtones), d'avoir vu son slogan ou d'avoir reçu sa brochure sont plus susceptibles d'avoir voté.

Graphique 4 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2011

Graphique 4 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2011

La description du texte du graphique « Graphique 4 – Analyse bidimensionnelle de la participation des Autochtones, 2011 »

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3.5 Constatations communes

Dans les analyses bidimensionnelles ci-dessus, trois constatations communes ressortent. En premier lieu, les ressources politiques et le sens du devoir civique figurent toujours parmi les facteurs exerçant le plus d'influence sur le taux de participation des Canadiens autochtones. À cet égard, il n'y a pas de différence marquée entre les électeurs autochtones et leurs compatriotes non autochtones, dont le taux de participation est depuis longtemps influencé par ces facteurs selon les données. Le facteur lié aux ressources politiques influe sans doute grandement sur le taux de participation en raison de son effet sur les différents éléments de la décision de voter. Les personnes possédant plus de ressources ont tendance, d'une part, à croire que les coûts liés à l'exercice du droit de vote ne sont pas élevés, car elles peuvent plus facilement établir les différences entre les politiques proposées par les partis, prendre une décision et choisir le parti pour lequel voter, et, d'autre part, à tirer plus d'avantages sur le plan cognitif lorsqu'elles votent. En outre, les personnes qui ont un sens aigu du devoir civique ressentent une plus grande obligation de voter.

En deuxième lieu, les facteurs démographiques influant sur la participation électorale des non-Autochtones, particulièrement l'âge, le revenu et le niveau de scolarité, sont les mêmes que ceux influant sur la participation des Autochtones. En théorie, ces facteurs augmentent le taux de participation en raison de leur effet sur les avantages de voter. Par exemple, on pourrait dire que les électeurs plus âgés ont avantage à voter dans le cadre d'une élection, car ils ont beaucoup plus à perdre sur le plan matériel que les jeunes. Par ailleurs, les personnes plus âgées (jusqu'à un certain point), mieux nanties et plus scolarisées pensent que les coûts liés à l'exercice du droit de vote sont peu élevés, contrairement à ce pensent les personnes ne possédant pas les ressources nécessaires pour aller aux urnes.

En dernier lieu, les personnes qui croient que les partis abordent des enjeux importants – c'est-à‑dire qui croient que les élections et la politique importent – sont susceptibles de voter en plus grand nombre que celles ne partageant pas cette croyance. Ce facteur est directement lié à l'élément « avantages » de la formule utilisée pour prédire si une personne votera ou non. Plus une personne croit qu'un parti abordera des enjeux qui lui tiennent à cœur, plus elle sera susceptible de croire que l'exercice du droit de vote se traduira par des avantages pour elle-même et pour les autres.

Dans l'ensemble, les facteurs influant sur la participation électorale des Autochtones sont sensiblement les mêmes que les facteurs bien connus influant sur la participation électorale des non-Autochtones. Dans la prochaine section, nous présenterons des analyses multidimensionnelles pour déterminer si les facteurs influant sur la participation des Autochtones ont les mêmes effets indépendants que ceux observés chez les non-Autochtones. Pour ce faire, nous avons aussi tenu compte des non-Autochtones dans ces analyses.


Note 6 Il arrive souvent que la participation électorale soit surestimée dans les sondages par autodéclaration.

Note 7 Les sondages comprenaient des questions sur l'attention et les connaissances en 2004; sur l'attention, les connaissances et l'intérêt en 2006; et sur l'attention et l'intérêt en 2008 et en 2011. Des détails complets sur les variables se trouvent à l'annexe 1.

Note 8 Pour faciliter l'interprétation des données, toutes nos analyses bidimensionnelles sont fondées sur une analyse dichotomique de la variable indépendante. Lorsqu'il s'agit d'une variable nominale ou d'une variable continue, nous avons utilisé une médiane.

Note 9 Variable étudiée pour l'élection fédérale de 2006 seulement.

Note 10 Dans notre rapport, nous utilisons le terme « Nord » pour désigner les trois territoires canadiens.