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Motifs justifiant la délimitation des paroisses
d'Allardville et de Bathurst |
La commission estime que la délimitation
des circonscriptions électorales comporte essentiellement
deux éléments : d'une part, l'application des principes
énoncés dans la loi et la jurisprudence qui régissent
le droit de vote garanti à l'art. 3 de la Charte canadienne
des droits et libertés et la représentation effective
et équitable des citoyens, et d'autre part, l'appréciation
et la pondération des facteurs et caractéristiques
propres à chaque circonscription électorale au regard
des principes applicables au redécoupage électoral.
En ce qui concerne les principes applicables, l'art.
15 de la Loi sur la révision des limites des circonscriptions
électorales énumère les principaux facteurs
qui doivent être pris en considération, notamment le
quotient électoral de la province, la communauté d'intérêts
ou la spécificité d'une circonscription électorale,
son évolution historique, et enfin sa superficie. Cette disposition
est incorporée au décret qui a établi cette
commission et s'applique donc dans le présent cas. Par ailleurs,
la Cour suprême du Canada a énoncé d'importants
principes concernant l'applicabilité et la pondération
des différents facteurs énumérés ci-dessus
dans le Renvoi : Circonscriptions électorales provinciales
(Saskatchewan). Bref, voici un résumé des grands
principes qui ressortent de la décision majoritaire dans
ce renvoi. La Cour affirme d'abord que « l'objet du droit
de vote garanti à l'art. 3 de la Charte n'est pas l'égalité
du pouvoir électoral en soi mais le droit à une représentation
effective. » Elle ajoute que « la parité du pouvoir
électoral est d'importance primordiale mais elle n'est pas
le seul facteur à prendre en compte pour assurer une représentation
effective. »
À cet égard, elle souligne que «
la parité relative qu'il est possible d'atteindre peut ne
pas être souhaitable si elle a pour effet de détourner
du but principal, qui est la représentation effective.»
La Cour énumère, à titre d'exemples, des facteurs
qui peuvent justifier une dérogation à l'égalité
du nombre d'électeurs, à savoir : « Des
facteurs tels les caractéristiques géographiques,
l'histoire et les intérêts de la collectivité
et la représentation des groupes minoritaires peuvent devoir
être pris en considération… ». Elle conclut
enfin que des dérogations à la parité électorale
peuvent se justifier « pour assurer une représentation
plus effective » et « en définitive, c'est le
concept plus large de la représentation effective qui sert
le mieux les intérêts d'une société libre
et démocratique ».
Le premier facteur pertinent à une représentation
effective et équitable que la Cour suprême qualifie
« d'importance primordiale » est l'égalité
du nombre d'électeurs, c'est-à-dire la parité
du pouvoir électoral. Il ne fait aucun doute que le principe
de l'égalité du pouvoir électoral est un moyen
essentiel pour assurer la représentation la plus paritaire
possible de la population des diverses circonscriptions électorales
de la province. Au Nouveau-Brunswick, selon le recensement de 2001,
la population était de 729 498 habitants. Divisée
par le nombre de 10 députés au Parlement, chaque circonscription
devrait avoir un quotient électoral de 72 950 habitants.
La loi autorise un écart maximal de 25 pour cent en
plus ou en moins entre la population de la circonscription et le
quotient électoral de la province. Ce critère est
repris dans le mandat de cette commission.
Le transfert des parties des paroisses d'Allardville
et de Bathurst de la circonscription de Miramichi à celle
d'Acadie–Bathurst a pour effet d'augmenter la population d'Acadie–Bathurst
et de réduire celle de Miramichi et de ce fait, d'agrandir
l'ampleur de l'écart entre la population de chacune de ces
circonscriptions et du quotient électoral de 72 950 habitants.
En effet, la population d'Acadie–Bathurst devient 82 929 habitants,
soit un écart positif de 13,68 pour cent par rapport au quotient
électoral, alors que la population de Miramichi devient 56
464, soit un écart négatif de 22,70 pour cent. Même
si l'écart négatif de la circonscription de Miramichi
demeure en deçà de l'écart permis de 25 pour
cent, il faut reconnaître qu'il s'approche tout près
de cette limite.
Un autre facteur dont il faut tenir compte dans
la délimitation des circonscriptions électorales est
celui de la superficie d'une circonscription. Ce facteur est
expressément mentionné dans le mandat de cette commission.
À cet égard, il est généralement reconnu
qu'il est plus difficile de desservir et de représenter
des circonscriptions rurales à grande superficie que des
circonscriptions urbaines à petite superficie. C'est
ainsi que l'objectif de la représentation effective
prend en compte ce facteur et peut justifier, dans une certaine
mesure, des populations inférieures dans les régions
rurales à grande superficie.
La commission estime que ce facteur s'applique
à la circonscription de Miramichi qui renferme une population
inférieure au quotient électoral de la province à
cause de la faible densité de sa population mais qui est
la deuxième plus grande de la province. Par contre, la circonscription
d'Acadie–Bathurst est la plus petite de toutes les circonscriptions
rurales de la province mais elle a une population relativement dense.
Par ailleurs, la Cour suprême reconnaît
l'importance de la prise en considération de facteurs
non démographiques comme la communauté d'intérêts
et la représentation des groupes minoritaires pour assurer
une représentation plus effective d'une circonscription
électorale.
Parmi les facteurs qui peuvent indiquer une communauté
d'intérêts, la commission a notamment tenu compte
des éléments suivants : la dimension linguistique,
les liens économiques, les habitudes de consommation et de
loisirs, les modes de vie et de travail, l'accès aux
services publics, aux services éducatifs et aux services
de santé.
Lors de la séance publique qui eut lieu
à Bathurst le 18 novembre 2004, tous les intervenants
ont sans exception exprimé leur accord au transfert des parties
des paroisses d'Allardville et de Bathurst à la circonscription
d'Acadie–Bathurst. Quatre de ces intervenants habitaient
la grande région de Bathurst et ont présenté
des observations à titre personnel. Deux autres intervenants
agissaient en tant que porte-parole d'organismes ou d'associations,
à savoir la Société des Acadiens et Acadiennes
du Nouveau-Brunswick et l'Association francophone des municipalités
du N.-B. Également, des observations ont été
formulées par le maire de la ville de Bathurst, au nom de
cette ville et au nom des villages de Beresford, Nigadoo, Petit-Rocher
et Pointe-Verte. Deux autres intervenants ont représenté
les districts de services locaux (DSL) de St-Sauveur et d'Allardville.
M. Charles Hubbard, le député de la circonscription
de Miramichi, s'est adressé à la commission et au
public présent et un mémoire a été présenté
au nom du député d'Acadie–Bathurst, M. Yvon Godin.
Pour résumer l'essentiel des facteurs et
considérations que les intervenants ont invoqués,
il ressort de l'ensemble des interventions que tous et toutes ont
affirmé partager des intérêts économiques
communs avec les autres régions d'Acadie–Bathurst et de ressentir
un sentiment d'appartenance à leurs régions et à
la circonscription d'Acadie–Bathurst. Chacun et chacune ont fait
valoir une variété d'intérêts et de facteurs
en décrivant l'interaction commerciale, sociale et récréative
entre individus et entre collectivités de la grande région
de Bathurst et les liens et les affinités qui les relient
à cette région. Par exemple, on a décrit la
ville de Bathurst comme le pôle économique de la région
où se concentrent leurs habitudes d'achats et la prestation
des services gouvernementaux, y compris les soins hospitaliers et
de santé, l'enseignement postsecondaire dispensé au
collège communautaire, les services judiciaires, les activités
sportives et autres loisirs. Quant aux liens créés
par des intérêts économiques particuliers, l'on
a fait grand état des efforts communs poursuivis depuis bon
nombre d'années sur le plan du développement économique
régional et des nombreux organismes régionaux auxquels
ils s'associent pour réaliser leurs objectifs communs. Enfin,
parmi les principales caractéristiques sociales communes
à leur région, certains intervenants ont fait état
du fait qu'ils partagent une langue commune et de ce fait, de leur
appartenance à une communauté culturelle, ce qui constitue
un élément important de leur identité collective.
En somme, il ressort clairement des observations recueillies au
cours des séances publiques que la grande majorité
des habitants des paroisses d'Allardville et de Bathurst partagent
une forte identification communautaire, tant sur le plan économique
que linguistique et culturel, avec l'ensemble de la circonscription
d'Acadie–Bathurst et plus particulièrement avec la grande
région de Bathurst.
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